Quelles plantes pour les animaux de compagnie ?

Les plantes ne sont pas réservées qu'aux humains ! Depuis toujours, les animaux vivent au contact du monde végétal et certains comportements observés dans la nature laissent penser qu’ils savent tirer parti de ses ressources. De nombreux usages de plantes ont été documentés chez les vaches, les chimpanzés, les oiseaux et les chevaux qui vont privilégier certaines plantes pour éliminer les parasites, notamment les vers intestinaux.
On retrouve les premiers écrits sur la pharmacopée à usage vétérinaire dès l'Antiquité. Les humains ont testé très tôt des plantes pour soigner les vaches et les chevaux dans le cadre de l'élevage. En 1780, le manuscrit du Dr Antonio Perla "Les plantes dans les soins aux chevaux" mentionne l'usage de plusieurs plantes pour le soin des chevaux :
Genévrier (Juniperus spp.)
Laurier-sauce (Laurus nobilis)
Gingembre (Zingiber officinale)
Ail (Allium sativum)
Les animaux et les plantes : une longue histoire
Avez-vous déjà observé un chien manger de l’herbe pendant une promenade ? Ou un cheval sélectionner certaines plantes dans une prairie ?
Les animaux interagissent avec les végétaux de multiples façons. La zoopharmacognosie étudie notamment les comportements par lesquels ils utilisent des substances naturelles susceptibles de contribuer à leur santé. Certains comportements ont été observés chez différentes espèces sauvages, mais leur signification n’est pas toujours complètement comprise.
En effet les chiens consomment souvent de la pariétaire lors de leurs promenades. La pariétaire est une plante aux propriétés dépuratives et diurétiques. Chez l'Homme, on l'utilise traditionnellement pour "nettoyer" la vessie et faciliter l'élimination des calculs rénaux. On peut alors se demander si les chiens consomment cette plante par goût ou parce qu'instinctivement, ils recherchent ces propriétés spécifiques.

Quant aux chevaux, ils évitent de consommer le Séneçon dans les prairies car ce dernier est toxique voire mortel à haute dose. Des accidents se produisent tout de même chaque année, car on peut retrouver du Séneçon dans les foins, et la plante même séchée reste toxique.


Quant à nos amis les chats, ils se nourrissent volontiers de jeunes pousses de blé, plus connues sous le nom d'herbe à chat, qui les aides à éliminer leurs boules de poils par régurgitation.
Mais comment mettre les plantes à la portée de nos compagnons domestiques ? Et surtout, sous quelle forme les utiliser ?
Tisanes, hydrolats, macérats de bourgeons, extraits de champignons… Les préparations végétales sont nombreuses et ne s’utilisent pas toutes de la même manière. En tant qu’herboriste, je vous propose un tour d’horizon des principales formes, de leurs intérêts et des précautions à connaître avant de les intégrer au quotidien de nos animaux.
Dans cette article, je me concentrerai sur les cas des chiens et chats qui représentent la majorité de nos compagnons.
Et bien-sûr, je rappelle que les conseils proposés doivent s'inscrire dans une démarche globale et ne se substituent pas à un avis vétérinaire.
Les formes végétales à connaître
Toutes les préparations ne contiennent pas les mêmes substances et ne présentent ni les mêmes propriétés ni les mêmes risques. Le choix de la forme galénique est aussi important que celui de la plante.
1. Les hydrolats : une forme aromatique douce
Les hydrolats (ou eaux florales) sont obtenus lors de la distillation à la vapeur d’eau des plantes aromatiques. Ils contiennent une partie des molécules hydrosolubles de la plante, ainsi que de faibles quantités de composés aromatiques. Ils sont généralement beaucoup moins concentrés en substances aromatiques qu’une huile essentielle.
Cette différence en fait une forme intéressante à explorer, notamment pour certains usages externes. On pense notamment au nettoyage des yeux avec un hydrolat de Bleuet ou encore de Rose de Damas, sur une compresse ou un disque en coton. En prévention des tiques et puces, on peut appliquer sur le pelage au niveau du cou de l’hydrolat de Cèdre de l'Atlas (en complément d'un dispositif vétérinaire).
2. Les macérats de bourgeons sans alcool
La gemmothérapie utilise les bourgeons et jeunes pousses, préparés sous forme de macérats. Certaines préparations contiennent de l’alcool, tandis que d’autres sont formulées sans alcool, notamment à base d’eau et de glycérine.
Cette dernière forme peut être intéressante lorsque l’on souhaite éviter l’administration d’éthanol. En effet chats et chiens ont un foie peu tolérant à l'alcool, surtout les chats.
Inflammation et articulations
Le bourgeon de Cassis (Ribes nigrum) est traditionnellement utilisé en gemmothérapie pour accompagner les phénomènes inflammatoires et le confort articulaire. Pour les animaux on l'utilise pour les mêmes raisons.
Anxiété, hypertension
Tout comme pour les humains, le bourgeon d'Aubépine (Crataegus monogyna) est utilisé pour réduire la tension artérielle et calmer les sujets anxieux ou hyperactifs.
Dosage des bourgeons
Si vous utilisez un bourgeon-mère, c'est à dire un bourgeon concentré, on recommande 1 goutte pour 10 kg. Personnellement, je trouve l'utilisation des bourgeons dilués 1D plus souple, ce sont ceux que je propose en boutique. Dans ce cas, on donnera une goutte par kilo de poids. Donc pour un chien de 8 kg cela donne 8 gouttes de bourgeon 1D sans alcool. Même logique avec 3 gouttes de bourgeon dilué 1D pour un chat de 3 kg.
3. Les champignons médicinaux : des extraits à découvrir
Certains champignons font l’objet de recherches pour leurs composés bioactifs, notamment les bêta-glucanes et d’autres substances étudiées pour leurs propriétés antioxydantes ou leurs effets sur le système immunitaire (cf. mon article de blog sur les champignons médicinaux).
Le Reishi (Ganoderma lucidum), la Crinière de lion ou Héricium (Hericium erinaceus) figurent parmi les espèces qui suscitent un intérêt en santé humaine et vétérinaire. On étudie le Reishi dans des cas de cancers chez les chiens, dans le cadre d'une approche intégrative. Le Reishi est notamment étudié pour ses propriétés immuno-modulatrices et anti-inflammatoires.
L'Héricium (Hericium erinaceus) est étudié pour ses propriétés qui réduiraient le déclin cognitif. En médecine vétérinaire, il a été proposé comme piste complémentaire pour le déclin cognitif, certaines atteintes neurologiques et les lésions de la moelle épinière. Ces usages restent pour le moment exploratoires par manque d’essais cliniques solides chez les chiens et les chats pour confirmer leur efficacité.
On trouve des préparations sous différentes formes : poudres, extraits aqueux ou hydroalcooliques, et extraits glycérinés. Ces procédés ne permettent pas nécessairement d’obtenir les mêmes composés ni les mêmes concentrations. Un extrait glycériné n’est donc pas automatiquement plus efficace ou mieux adapté à un animal. Pour les champignons, la poudre est un choix intéressant, mais selon le fabricant, la partie de champignon utilisée pour l'extrait, le dosage conseillé pourra varier.
Je peux vous recommander les champignons de chez Champignons Villa Hélène. Pour le Reishi, elle préconise 0,5 ml (15 gouttes) par jour chez le chat et le petit chien et 1 à 2 ml (30-60 gouttes) par jour chez le chien moyen à gros.
Retrouvez sa gamme animale sur son site, et sachez que je propose ses produits en boutique 😉
4. Les tisanes : une forme familière mais pas anodine
L’infusion est une manière simple d’extraire certaines substances hydrosolubles des plantes.
Le choix dépend de la plante, de l’espèce, de la quantité consommée et de la situation. Les animaux n’ont pas tous les mêmes capacités de métabolisation ni les mêmes sensibilités.
Si la tisane paraît douce, notez que certaines plantes courantes peuvent être toxiques. C'est le cas de la Camomille romaine, toxique pour les chiens, les chats et les chevaux.
Une plante sûre pour les chats et les chiens est l'Aubépine, qu'on peut proposer en infusion en cas de nervosité ou agitation, au même titre que le bourgeon cité plus haut.
Lorsqu’une infusion est appropriée, elle doit être préparée simplement, refroidie complètement et ne contenir ni sucre ni autre ajout inutile. Il ne faut pas forcer un animal à la boire ni improviser un dosage à partir d’une recette humaine. De manière générale, on peut préparer une tisane à raison de 5 g de plantes pour 20 cl d'eau.
Les formes qui demandent une vigilance particulière
Les huiles essentielles : attention aux concentrés aromatiques
Les huiles essentielles sont des préparations très concentrées en molécules aromatiques. Leur composition varie selon l’espèce botanique, la partie de la plante et le procédé de distillation. Avez-vous déjà constaté que votre chat vomissait lorsque vous diffusiez des huiles essentielles ? Peut-être n'avez vous pas fait le lien mais il existe pourtant.
Les chats présentent des particularités métaboliques qui les rendent vulnérables à plusieurs composés aromatiques. Les oiseaux sont également très sensibles aux substances volatiles et aux particules diffusées dans l’air.
Il est donc préférable de ne pas appliquer directement d’huile essentielle sur un animal ni d’en diffuser dans son environnement sans avis professionnel adapté à l’espèce. Une huile essentielle présentée comme apaisante ou naturelle n’est pas nécessairement sans danger.
Si vous aimez diffuser des huiles essentielles pour purifier votre intérieur, vous pouvez sans danger utiliser en diffusion l'essence de Citron en présence de chiens et chats.
Les alcoolatures ou extraits hydro-alcooliques : une composition à vérifier
Comme leur nom l'indique, les alcoolatures et macérats contiennent de l’éthanol. Or, l’alcool peut être toxique pour les animaux : il ne faut pas administrer une préparation alcoolisée sans avoir vérifié son adéquation avec l’espèce et l’usage envisagé.
C'est pourquoi il sera plus sûr de travailler avec des EPS. Un EPS (Extrait de Plante Standardisé) est une préparation obtenue à partir d’une plante médicinale, selon un procédé contrôlé visant à garantir une teneur définie en certains composés ou à assurer une composition aussi constante que possible d’un lot à l’autre. Les EPS existe sous forme liquide ou gélules.
Chez l’animal, privilégier des extraits de qualité, dont la composition et le dosage sont maîtrisés, permet de mieux contrôler les quantités administrées.
En conclusion : la bonne plante, sous la bonne forme
Les plantes offrent de nombreuses pistes à explorer pour accompagner nos animaux. Mais choisir une préparation ne consiste pas seulement à trouver une plante réputée pour une propriété : il faut aussi tenir compte de sa forme, de sa composition et des particularités de l’espèce.
En termes d'innocuité, efficacité et praticité d'administration, je privilégie pour ma part les bourgeons et les champignons médicinaux, ainsi que les hydrolats en externe. À l’inverse, je suis prudente avec les huiles essentielles et les préparations alcoolisées car elles méritent une vigilance particulière. Dans tous les cas, observez votre animal et s'il n'est pas coopératif, n'insistez pas. Enfin, demandez conseil à votre vétérinaire, désormais il existe de nombreux compléments alimentaires à base de plantes. Comme toujours, vérifiez les étiquettes, l'origine des plantes et le mode de fabrication.
Si vous souhaitez aller plus loin ou que vous avez des NAC (Nouveaux Animaux de Compagnie), vous pouvez retrouver le guide pratique de phyto-aromathérapie, un ouvrage complet rédigé par Pierre May, vétérinaire :
Guide pratique de phyto-aromathérapie aux éditions MED'COM.
Notez que je vous mets le lien Amazon car il est en rupture à beaucoup d'endroits, victime de son succès; mais je vous invite évidemment à vous le procurer chez votre libraire de quartier.
Et vous, utilisez-vous les plantes pour vos animaux ?
Marion
Sources :
Listes des plantes toxiques et non toxiques pour les chiens, chats et chevaux :
Séneçons et chevaux :
Etude sur l'usage du Reishi (Ganoderma lucidum) dans la nutrition canine :
Kayser E, Castaneda PL, Soto-Diaz K, Steelman AJ, Murphy A, Spindola M, He F, de Godoy MRC. Functional properties of Ganoderma lucidum supplementation in canine nutrition. J Anim Sci. 2024 Jan 3;102:skae051. doi: 10.1093/jas/skae051. PMID: 38417056; PMCID: PMC11025632.
Etude sur l'usage de l'Héricium (Hericium erinaceus) comme traitement du déclin cognitif en médecine vétérinaire :
Herbal medicine in veterinary patients :
Marion





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